Le chiot et le chaton, dont la
gaucherie et la gentillesse nous laissent sans défense
devant leurs premières incartades, se révèlent très
vite de véritables poisons. Ils ne connaissent que le
foyer et leur maître, certes ! Mais un instinct
infaillible leur fait sentir combien ceux-ci sont
vulnérables. Toutes les indulgences leur sont acquises
et ils risquent de devenir bientôt cabochards et
tyranniques, à l'instar des enfants trop gâtés, alors
que l'animal recueilli après avoir été perdu ou
abandonné nous marque très vite un attachement
anxieux.
Pour bien comprendre ce comportement,
il faut avoir observé ces chats qui se laissent mourir
d'ennui dans nos refuges et ceux qui s'obstinent à
survivre dans les squares et les terrains vagues.
Il faut avoir observé ces chiens
perdus, à l'allure furtive, à l'arrière train avalé,
qui suivent de loin un passant attardé ou au contraire
s'en écarte avec crainte, et qui errent dans le même
quartier des jours et des jours, sans manger, quelque
fois sans boire, ou bien qui parcourent à une allure
rapide des dizaines de kilomètres à la recherche de
leur maître.
Il faut imaginer la panique de ces
bêtes habituées à un maître, à un logis et qui
recherchent inlassablement ce maître et ce logis,
chassées par les uns, par les autres, jusqu'au jour où
elles sont soit écrasées, soit prises en charge par
une personne compatissante, soit mises en fourrière
où, alors, commence pour elles une réclusion dont
elles ne perçoivent pas le sens.
Pour l'abandonné le processus est le
même. Il se trouve brutalement transposé de son cadre
familier derrière les grilles d'un box, où il voit
défiler parfois pendant des années, des visages
inconnus, des êtres dont l'odeur n'est pas celle du
maître. Et dans cette solitude, dans cette désolation,
voici que s'avance une main dont le contact est
apaisant. Et cette odeur nouvelle d'un être nouveau
devient l'odeur de la délivrance.
Dès lors, c'est plus que le maître,
c'est le sauveur, c'est le dieu qu'on ne veut plus
laisser s'éloigner, celui dont l'absence replonge dans
l'angoisse.
Cette expérience émouvante, je ne
l'ai pas faite dix fois, mais vingt fois, mais cent,
mais mille. C'est pourquoi je suis formelle dans mon
affirmation.
C'est à de telles expériences que je
vous convie, vous tous qui me lisez, pour votre bonheur
et le bonheur de l'animal que vous retirerez de la
misère.
Laurence
refugebeauregard@club-internet.fr
Refuge
de Beauregard - Route de Bourgogne 58000 Saint-Eloi
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